Carney affirme qu’il n’est pas Justin Trudeau. Les Canadiens sont d’accord
Tout au long de la campagne électorale, les conservateurs ont tenté d’associer Mark Carney à Justin Trudeau. Lors des débats des chefs, Mark Carney a répondu en déclarant : « Je ne suis pas Justin Trudeau ». Dans un sondage représentatif mené auprès de 1 001 répondants du 4 au 7 avril, j’ai constaté que les Canadiens sont d'accord. Ils font clairement la distinction entre Carney et l’ancien premier ministre Justin Trudeau.
Les Canadiens perçoivent des différences entre Carney et Trudeau qui ont probablement aidé Carney à redresser la situation des libéraux depuis qu’il a remporté la direction du Parti libéral. Lorsque Carney a pris la tête du parti, les libéraux sont passés en tête des sondages après avoir été derrière les conservateurs pendant deux ans.
Après près de dix ans au pouvoir, près de la moitié des Canadiens n’aiment pas Trudeau. Quarante-cinq pour cent ont une opinion défavorable de lui, contre seulement 30 % qui ont une opinion favorable de Trudeau. Cela représente 15 points de pourcentage de plus de Canadiens qui ne l’aiment pas que l’inverse. En comparaison, 42 % des Canadiens ont une opinion favorable de Carney et seulement 29 % ont une opinion défavorable. Cela représente treize points de pourcentage de plus de Canadiens qui aiment Carney que ceux qui ne l’aiment pas. Avoir un chef populaire constitue un avantage considérable en campagne électorale.
J’ai demandé aux répondants de se positionner eux-mêmes ainsi que chacun des chefs de parti sur une échelle idéologique de 0 à 10, où 0 signifie très à gauche et 10 très à droite. La position médiane attribuée à Trudeau est de 3. Cela le place à deux points du Canadien médian, situé à 5. La position médiane attribuée à Carney est de 4. La distance entre Carney et le Canadien médian est donc la moitié de celle entre Trudeau et le Canadien médian.
Figure 1 : Positionnements idéologiques des Canadiens, de Trudeau, de Carney et de Poilievre. Les Canadiens perçoivent Carney comme étant à un point plus près de leur propre idéologie que ne l’était Trudeau.
La position médiane attribuée à Pierre Poilievre est de 8. Trudeau se situe à deux points de l’électeur médian et Poilievre à trois points. Carney n’est qu’à un point de l’électeur médian. Lorsque Trudeau était chef libéral, les Canadiens avaient le choix entre Trudeau, situé deux points à leur gauche, et Poilievre, situé trois points à leur droite. Poilievre n’était donc qu’à un point de plus éloigné des Canadiens que Trudeau.
Depuis que Carney est devenu chef, le choix est entre Carney, situé un point à leur gauche, et Poilievre, situé trois points à leur droite. Carney, étant le plus proche des deux, bénéficie d’un avantage clair en matière de proximité idéologique.
Les Canadiens perçoivent également une grande différence dans les relations que Carney et Trudeau ont avec le président américain Donald Trump. Ils considèrent à juste titre que Trudeau entretient une mauvaise relation avec le président américain. Soixante-six pour cent des Canadiens pensent que Trudeau n’aime pas Donald Trump. Soixante et onze pour cent estiment que Trump n’aime pas Trudeau. En revanche, 51 % des Canadiens pensent que Carney n’aime pas Trump. Seulement 36 % estiment que Trump n’aime pas Carney. Encore une fois, à un moment où la réparation des relations canado-américaines est une priorité absolue, avoir un chef capable de s’entendre avec le président américain, réputé imprévisible, peut être perçu comme un atout.
Même si les conservateurs ont tenté à plusieurs reprises d’associer Mark Carney à Justin Trudeau, les Canadiens n’y croient pas. Ils ont une opinion défavorable de Trudeau, le perçoivent comme trop à gauche et pensent qu’il ne s’entend pas avec le président des États-Unis. En revanche, davantage de Canadiens ont une opinion favorable de Carney et moins ont une opinion défavorable. Ils le voient comme plus centriste et moins antagoniste envers le président américain.
Les Canadiens semblent donc donner raison à Mark Carney lorsqu’il affirme : « Je ne suis pas Justin Trudeau ». Les différences qu’ils perçoivent entre Carney et son prédécesseur constituent des atouts majeurs pour les libéraux en campagne électorale et expliquent probablement, au moins en partie, leur avance dans les sondages.